Mon « Rendez-vous en terre inconnue »…

Immersion chez les nomades Mongols… une expérience unique! L’une des plus belles de ma vie. Pas de mots pour décrire ce que j’ai vécu, partager le quotidien de ce couple d’éleveurs si attachants et de leurs 4 enfants adorables… et m’essayer à un concept assez étrange pour nous occidentaux : l’hospitalité mongole! Le confort rudimentaire de la yourte, l’absence d’eau courante ou encore les découvertes culinaires souvent délicates n’étaient rien face au bonheur et aux sourires de cette famille formidable.Sans portable ni internet, « seule » au fin fond de la steppe et à plus d’une heure de toute civilisation ou route goudronnée, le dépaysement était total! Des paysages grandioses ainsi que des rencontres pleines de sincérité et sensibilité. J’espère me souvenir longtemps de ces moments de partage, d’émerveillement et d’humilité.

Tout a commencé à la suite de la grande fête d’ouverture du Nadaam. J’ai pris la route de bon matin en direction de la province de Tov avec mon chauffeur Munghe, un jeune mongol attentionné. L’aventure a démarré par un détour vers le site géant des courses de chevaux du Nadaam qui ont lieu en pleine steppe à quelques kilomètres d’Oulan Bator. Il y avait beaucoup de monde et pas mal d’attente avant que les centaines d’enfants ne se mettent en place pour cette chevauchée exclusivement réservée aux jeunes. L’occasion de déguster mes premiers « khuushuur » (des chaussons fris au mouton)… et de me cailler grave avec mon petit short! Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’été dans les plaines de Mongolie! En début d’après-midi, on a quitté la « grande route » pour s’enfoncer un peu plus dans la campagne à travers des chemins de terre. En arrivant à destination, j’ai eu droit à un accueil traditionnel d’Oyuna en tenue et de son mari qui vivent près du Khustaïn Parc. A peine sortie de la voiture, j’ai avalé une gorgé de lait fermenté (bien bio le truc!) du bol enrubanné d’un tissu de soi qu’elle me tendait et hop, nous étions invités dans leur yourte perso pour un petit goûter avec thé au lait salé et beignets maison. Pas si mauvais tout compte fait! On est par la suite allés visiter le parc à la recherche des célèbres chevaux de Przewalski, la dernière espèce de cheval sauvage au monde. Endroit magnifique surtout avec la belle lumière de fin de journée. Enfin, dernier moment sympa du jour, le dîner à base de « buuz » (sorte de ravioles… de mouton bien sûr!) en tête à tête avec mon copilote. Ambiance tamisée avec éclairage à la lampe de poche, so romantic! Puis ma première « nuit feutrée en yourte » comme disait l’annonce de l’agence… après mon test originel des toilettes en plein air à la mode mongole (au milieu des biquettes bien sûr!). Quelle aventure! J’ai hâte de voir combien Ama et Texa vont kiffer ça la semaine prochaine.

Le lendemain, après un petit déjeuner dans la yourte d’Oyuna et de sa famille, nous avons déménager pour nous rendre à plusieurs heures de piste de là vers l’est près de Sergelen. Mais avant cela une étape dont je me serais bien passée : l’entrevue avec les potes de Munghe! Ils étaient tellement fiers de me présenter l’Airag et les spécialités locales que je me suis sentis obligée de goûter… vraiment dégueulasse! Le chef de famille m’a ensuite servi une bonne razzade de vodka artisanale à engloutir cul sec dans le bol commun. Test relevé sans grande difficulté, finalement le plus facile à ingérer! C’est donc en milieu de journée, après ce crochet indigeste et la visite des ruines du monastère Manzushir dans le parc Bogd Khan non loin de là, qu’a eu lieu LA rencontre. Dès mon arrivée, j’ai été émerveillée par le lieu de vie temporaire de cette famille de nomades. Bien paumé au cœur de la steppe (Munghe a d’ailleurs galéré pour trouver son chemin!) mais superbe. Le premier contact fut typiquement mongol : un peu froid et embarrassé mais empreint de bienveillance. Je vous laisse imaginez la scène et vous rappelle que personne ne parle un mot d’anglais. Je suis donc restée en retrait alors qu’on s’est tous retrouvés sous la yourte pour déguster les produits laitiers artisanaux (encore!). Heureusement que mon chauffeur était là pour faire la conversation avec les parents tandis que les enfants se cachaient et m’observaient par la porte entrebâillée. J’avais envie d’être là mais aussi peur de déranger. La période d’approche n’aura cependant pas été de longue durée, en 1h me voilà adoptée! Petite présentation de la famille : Zaugasuren et Bienbasuren (mari et femme), Dawasambu (10ans), Orgil (9ans), Naransolongo (3ans), Narantangalanga (environ 6mois) et Suur (frère, oncle ou ami d’une trentaine d’années… je sais toujours pas!). Puis, est venu le moment pour Munghe de partir. Il me souriait et je le sentais tout gêné de me laisser. C’est vrai qu’un certain attachement s’était peu à peu créé entre nous malgré la barrière de la langue. Durant toutes ces heures ensemble, il n’avait pas cesser de se mettre en quatre pour que tout se passe au mieux comme par exemple lorsqu’il s’était arrêté dans sa ville natale pour m’acheter des fruits ou encore un CD des Bee Gees histoire d’égayer nos longues heures de route. Un super coéquipier! Au fil des premières heures « en solo », je me suis sentie de plus en plus à l’aise au sein du foyer et contre toute attente j’y ressentais un authentique bien-être. Ici pas de salle de bain (et encore moins de toilettes!) ni de véritable cuisine ou chambre mais une chaleur humaine et un amour incommensurable qui font chaud au cœur. Et la télé ou l’électricité grâce à une batterie de voiture, la chasse au réseau portable avec le bras levé en l’air dans la yourte ainsi que le frigo naturel au fond du puits… une simplicité belle à voir. J’ai beaucoup joué avec les enfants, surtout avec le petit dernier Naransolongo qui ne me lâchait plus, ce qui semblait plaire aux parents. Une relation de confiance s’est très vite installée entre nous et c’est tout naturellement que Bienba me confia la petite dernière, son bébé dès le premier soir avant d’aller travailler à l’extérieur. Une question demeurait tout de même sans réponse à ce moment là : « Mais où vais-je dormir ce soir? ». Verdict à 22h15 : avec eux! Moi sur le lit et toute la famille en mode collés-serrés par terre.

Les jours suivants, j’ai vécu au rythme de la famille entre la fabrication du fromage, le traitement des chèvres, le dressage des chevaux, la naissance d’agneaux mais aussi des instants plus tranquilles comme une fin d’après-midi pluvieuse dans la yourte avec jeux, écritures de cartes postales et échanges franco-mongols grâce au lexique du Lonely Planet. Bienba aime bien venir près de moi ou voir ce que je fais par dessus mon épaule. J’adore! Des temps de complicité aussi avec cette touchante et rayonnante mère de famille qui voulait me tartiner mes toasts le matin et « discuter » maquillage entre filles, m’a présenté sa mère de passage dans le coin un jour et se réjouissait de voir quelques unes de mes photos de famille et voyages. On a également cuisiné toutes les deux, notamment des « boortsog », pendant que les enfants attrapaient les moutons dans l’enclos pour la tonte à l’ancienne aux ciseaux. Il faisait bon dans la « yourte cuisine » près du feu du poêle alimenté par les bouses de cheval. Bien sûr, il a fallu ensuite goûter les beignets tous chauds. Bien agréable avec le vent qui soufflait fort dehors mais quand elle commence à sortir la bouillie de lait et gras ignoble qu’elle étale dessus, là je peux pas et jette « discretos le doss » de côté! C’est vrai qu’elle me proposait tout le temps à manger. Délicieuse attention mais pour moi c’était toujours double dose avec le classique mélange mouton-carotte-patate. Au bout de 2jours déjà j’en pouvais plus! C’était bon mais mon ventre et mon palais criaient stop! A part ça, chaque soir après le repas on passait du temps tous ensemble dehors à nourrir les chevaux. Souvent Papa et Maman se taquinaient alors que les enfants s’amusaient. J’ai été étonnée de constater que, sous une carapace assez rude, les papas mongols sont très tendres et s’occupent beaucoup de leurs enfants. Trop mignon! Zauga s’est d’ailleurs ouvert petit à petit à l’étrangère que j’étais, à sa façon, en m’amenant à moto récupérer avec lui de la nourriture au fond du puits à quelques kilomètres de là ou encore en allant chercher de l’eau en 4×4 avec les gosses. Sinon, le moment le plus épineux fut la sortie à cheval avec Suur. Au cours d’un repas où chacun ronge son os d’agneau bouilli, Zauga me lance « Horse horse! ». Bienba me prête alors sa tenue traditionnelle bien chaude car le ciel semble se couvrir et nous voilà partis tous les deux sur nos beaux chevaux à la recherche du troupeau au fond de la vallée. Paysage magnifique avec des nuages gris au loin et la steppe bien verte. Quel beau contraste! Mais soudain l’orage éclate et nos chevaux s’emballent faisant tomber Suur tandis que je me cramponne et tiens tout juste bon. Des trombes d’eau s’abattent alors que le pauvre Suur range ses lunettes de soleil et tente de me couvrir avec son habit de pluie. On finit par en sourire alors qu’on parvient tout de même à rassembler la totalité du troupeau. On rentre après 2h de balade les jambes couvertes de bleus et trempés jusqu’aux os… et là, à 15h, que fait-on? Non non, pas une douche chaude ou un bon shampooing! On re-mange bien sûr! Bref, ça restera une virée mémorable! Enfin, le dernier jour, après une petite séance lessive à la main avec Bienba, mes modestes cadeaux et cake au chocolat ramenés de la capitale ont connu un franc succès auprès des petits et des grands. Ils se régalent… et moi aussi, surtout de les voir! Encore un chouette moment.

Évidemment, lorsque l’heure est venue de partir des sentiments contradictoires m’envahissent, entre joie et tristesse, véritable paradoxe de cette rencontre profonde et éphémère. En ces derniers instants ensemble, je me dis que nous avons des modes de vie bien différents mais qu’en même temps on est pareils. Les fondamentaux restent les mêmes pour tous! J’ai été énormément touchée par ce rendez-vous tout en sobriété. Quand on y pense, ces gens m’ont ouvert leur maison alors qu’on se connaissait pas. C’est fou comme on peut tisser des liens rapidement. Peut-être incompréhensible pour vous lecteurs mais bel et bien réel pour moi qui l’ai vécu. Alors, plus que les immenses étendues et la nature à couper le souffle, je crois bien que ce que je retiendrais de la Mongolie au final c’est l’humain. Ces gens aimables, inspirants et lumineux m’ont presque fait oublier que j’étais à l’autre bout du monde. Malgré le fossé linguistique, on a échangé et partagé sans préjugé ni peur de l’autre et c’est avec l’inexplicable sensation d’avoir quitter des proches que je suis retournée à Ulaanbaatar en compagnie de mon pote Munghe ce jour là. Étonnante pensée aussi que celle qui s’imposait à moi à chaque fois qu’une autre famille débarquait chez « nous » pour expérimenter l’hospitalité mongole : « ma » famille est vraiment la plus belle! C’est sûr, ces visages encore inconnus il y a quelques jours viendront donc longtemps habiter ma mémoire. Cela dit je reste réaliste, il est peu probable que l’on se revoit un jour. Dommage. Alors en espérant pouvoir rester en contact, aussi infime et fragile soit-il… Bayarlalaa Bienba, Zauga, Dawasambu, Orgil, Naransolongo, Narantangalanga et Suur. Portez-vous bien les amis et bon vent!

Encore la tête à la campagne, je vous cache pas que le retour à la réalité ce soir là fut difficile. Outre la fatigue et le dortoir de l’auberge de jeunesse bondé, les nouvelles peu réjouissantes en ce mois de juillet m’ont bien cassé le moral. Un coup de fil à Christine et Ama suffira à m’achever. Soirée merdique mais ça ira mieux demain! D’autant que l’arrivée d’Ama et Texa approche à grand pas. L’excitation de partir doit surement laisser place maintenant à l’envie de savoir. J’imagine que la curiosité est grandissante alors qu’Ama joue le jeu à fond. Elle n’a absolument rien préparé. Partir sans savoir : une chance inouïe!

« Je me suis longtemps demandé ce que l’on ressentait quand on arrivait en Mongolie. Les grands espaces sans barrière, le rapport puissant des Mongols à la nature, au sacré de la nature, et puis cette esprit nomade palpable partout au quotidien. S’il fallait résumer tout cela en un mot, un seul, je crois bien que ce serait : LA LIBERTÉ ». Je n’aurais pas dit mieux Mr Gougler! Voilà qui récapitule parfaitement mes premiers ressentis à propos de ce pays… en espérant que les « 2 quinquas » tombent aussi sous le charme! Pour moi en tous les cas la meilleure façon de clôturer cette année magique. Un excellent condensé de cette envie de liberté! Affaire à suivre…

 

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