Sur la route de Flores…

Après une semaine incroyable à Java et quelques jours de détente à Bali, j’ai poursuivi ma route vers l’est de l’archipel indonésien en débarquant sur l’île de Flores le 28 juin dernier. Et le moins qu’on puisse dire c’est que voyager en solo sur ces terres relève véritablement d’une aventure intense! Les conseils avisés de quelques connaisseurs m’avaient convaincu, il fallait que j’aille explorer ce lieu encore peu fréquenté. Encore envie d’un dernier frisson, d’un imprévu avant de m’envoler vers le dernier pays et la fin du voyage. Changement de programme donc, voilà comment je me retrouve à acheter mes billes d’avion pour Flores à la dernière minute. Et même si je me suis dit plus d’une fois dans la semaine « P…, qu’est ce que je fous là?! Pourquoi j’ai pas été me dorer la pilule tranquille Emile à Nusa lembongan? », je ne regrette pas du tout. De loin le voyage le plus pénible et le plus authentique depuis longtemps! 

En effet, les infrastructures commencent doucement à se développer sur cette île encore préservée du tourisme de masse. Tout ou presque se révèle de ce fait assez compliqué et finalement cher vu le standing proposé. Et alors c’est où exactement Flores? Je sais que ça sonne plus comme un joli recoin sud-américain et pourtant c’est bel et bien une île indonésienne longue de 350km située dans la région des Petites îles de la Sonde. Son nom : un héritage des colons portugais, tout comme le catholicisme (plus de 90% des habitants ici). Décidément l’Indonésie est un pays fascinant! Chaque îlot possède sa propre identité avec une belle diversité en terme de religions et cultures. So interesting, j’adore! Pas super motivée pour les 25 à 30 heures de bus et ferry nécessaires depuis Bali pour rejoindre l’île, j’ai préféré opter pour un vol avec Kalstar Aviation… bien que toutes les compagnies ici soient sur la fameuse « liste noire »! Finalement rien à signaler mis à part un léger retard, quelques turbulences et un sacré mal aux oreilles lors de l’atterrissage (comme en Australie, tu te souviens Steph?!). Mon corps me ferait-il savoir qu’il en a ras le bol (ou plutôt vol, hi hi!)? C’est le 19ème trajet que je fais la tête dans les nuages depuis janvier mine de rien! 1h30 plus tard me voilà à Maumere. Une drôle d’impression en arrivant dans ce mini aéroport et un petit souvenir du collège : « Frena frena Mañe! ». L’avion s’arrête juste à temps avant la fin de la courte piste. Sacré pilote, surtout que la pluie que j’espérais laisser à Bali est aussi de la partie aujourd’hui, rhhhh. Seulement 3 touristes attendent leurs sacs près du tapis roulant au milieu des locaux… ça sent l’aventure bien roots cette histoire!

Suite à un accueil très chaleureux du chauffeur Donatus qui ne savait pas un mot d’anglais, je me suis installée dans mon petit bungalow donnant sur la plage de sable noir. Très mignon ce petit coin perdu à une quinzaine de kilomètres de Maumere malgré le confort rudimentaire et l’absence d’internet. Pas grand chose à faire avec une telle météo à part essayer d’échanger un peu avec les sympathiques propriétaires ou discuter franchement plus avec un couple de français établis également à Lena House pour quelques jours… et évidemment se débattre avec les moustiques, un carnage! « Climate change. Crazy! » me dit Didakus qui observait ses gosses s’amusaient dans les vagues, un tantinet inquiet de ce mauvais temps anormal en plein été. Il a d’ailleurs bien ri quand je lui ai suggéré une nouvelle activité pour la région aux eaux calmes d’ordinaire : le surf! J’ai donc passé 2jours à ne rien faire si ce n’est à apprécier la gentillesse hallucinante de cette famille avant de me décider à bouger sur la seule et unique route de l’île : la Transflores. Et c’est là que l’aventure à Flores touche à son paroxysme! Voyageant seule, la location de voiture avec chauffeur qui se fait beaucoup sur l’île est hors budget donc pour moi ce sera transports locaux. Du coup, c’est parti pour des heures et des heures de minibus avec « ventilation naturelle » afin de rejoindre en 5jours la ville de Labuhanbajo. On ouvre les portes ou fenêtres au max et hop on ne sent même plus (ou presque!) qu’il fait 35-40degrés dehors! Héler le bus qui passe depuis le bord de la route et tenter de se faire une place entre les bagages, les poules et les sacs de riz… tout un art! Les trajets sont extrêmement longs du fait de la route bien pourrie, pas trop mal asphaltée mais tellement chargée en virages (que de la « route de montagne » en fait) que les habitants sont systématiquement malades. Il faut les voir avec leurs poches plastiques à vomito distribuées par « les portiers » qui doivent aussi jouer les cascadeurs pour ranger les colis et valises sur le toit alors que le bus roule toujours… vraiment épique! J’étais souvent la seule étrangère et devenais rapidement l’attraction principale en général. Difficile de passer inaperçue surtout durant les 8h de trajet Moni-Bajawa ou encore lorsqu’on a été stoppé en plein élan dans un village paumé à la tombée de la nuit. Un pneu qui éclate en cours de route : à peine un petit désagrément local! Tout comme les retards ultra fréquents, les klaxons et musiques insupportables et les arrêts intempestifs pour prendre ou déposer des gens à peu près n’importe où. Un classique! Cela dit, la magnifique campagne que je pouvais observer par la fenêtre suffisait à effacer vite ces contrariétés. Simple et typique mais aussi « tendance » malgré la pauvreté, l’île qui vit essentiellement de l’agriculture et vaguement du tourisme étonne par sa population jeune, très jeune. Les gosses arborent des coiffures stylées alors que les ados sont passés à la mode ongles longs et vernis… même les mecs! Un véritable concentré de surprises et d’émotions ce voyage à Flores!

Différentes étapes donc en chemin à commencer par le petit bled de Moni sur les pentes du volcan Kelimutu. Une fois arrivée au sommet après une heure en scoot puis à pieds by night, un brouillard dense a gâché le lever de soleil tant escompté sur les 3 lacs colorés du cratère. Cela dit, le spectacle était tout de même au rendez-vous avec un beau soleil qui dominait au dessus des cumulus créant ainsi une ambiance bien mystérieuse. Un truc de fou! A Bajawa c’était une journée de balade en scooter qui m’attendait avec William, un guide indonésien fan de notre cher pays qui est venu à Bayonne dans les années 2000. Impensable! Au programme visite des villages traditionnels de Luba et Bena au pied du volcan Inerie (un cône parfait qui jouait ce jour là à cache-cache derrière les nuages), courses de chevaux avec des enfants jockeys, cascades au milieu de champs de rizières et hotsprings de Mangeruda-Soa. Quelques touristes en maillots et des locaux en mode bain et gommage, sympa. La ville de Ruteng fut la 3ème escale du périple. 4h de route pour rallier ce canton célèbre pour ses Spider Ricefields… 4h sans pause dans une voiture avec chauffeur-fumeur (tout le monde fume à Flores, j’avais jamais vu ça!) à peine plus confortable que les bus qui m’ont paru une éternité! Ras le bol des conditions de voyage ici, je commence sérieusement à fatiguer. J’ai tout de même passé un agréable dimanche après-midi près de Ruteng en apercevant au décours d’une promenade les rizières « araignées » saisissantes et des scènes de vie adorables avec des gens nombreux dehors en cette fin de journée ensoleillée. Quel soulagement en arrivant à Labuhanbajo. Terminus, tout le monde descend! Fini les trajets merdiques! J’avoue avoir apprécié ce « retour à la civilisation » avec confort et modernité… et extase culinaire aussi après des jours de plats assez simples au goût de cramé. Ah, la cuisine au feu de bois! Et sinon que faire à « Labuhan » comme on dit ici? La plus grande ville de Flores se résume en fait à une rue saturée de restaurants et agences qui bordent ce port de pêche à la pointe ouest de l’île. Vous l’aurez compris ici le must c’est donc de se détendre tranquille au bord d’une piscine ou avec un massage (le meilleur de mon loooong voyage pour seulement 8euros!), d’assister à de splendides couchers de soleil sur la baie ou encore d’aller à l’assaut des îles environnantes. Ma meilleure journée sur Flores = le 5juillet. J’ai fait un tour en bateau avec deux hollandaises et un couple balinais sur les eaux sublimes du golfe à la découverte de la belle plage de Kanawa Island, des fonds marins remplis d’étoiles de mer et de petits poissons colorés trop mignons (et même une tortue et une raie!) ou encore des « dragons » de l’îlot de Rinca. Les varans de Komodo : une sorte d’énorme lézard carnivore et impitoyable, beurk. « Le truc le plus dégueulasse que j’ai jamais vu de toute ma vie! » comme dirait l’autre. Pas la rencontre du siècle d’autant que ça a un petit côté usine à touristes leur sortie mais bon, super journée tout de même sous un beau et grand soleil. La soirée fut tout aussi sympa dans mon resto préféré La Cuccina avant le défilé et la big fiesta qui s’est réveillée au crépuscule pour célébrer la fin du Ramadan… une façon de finir en beauté! Petit regret, j’aurais aimé avoir le temps d’aller sur un spot de plongée un peu éloigné de la côte où les raies mantas ont l’habitude de faire leur show. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois!

Fini l’Indonésie, snif! Je pense me souvenir infiniment de mon passage sur cette île de Flores aux habitants si souriants et bienveillants… et oublier vite fait bien fait les galères en transports locaux, les routes plus que sinueuses et les prises de tête à la recherche d’anglophones encore peu nombreux. C’est fatiguée et toute courbaturée mais un brin nostalgique que je quitte ce petit paradis en direction du « pays mystère ». Réel coup de cœur pour cet archipel indonésien de plus de 17.000 îles et aux milles et unes facettes, aujourd’hui écartelé entre préservation des traditions et mondialisation. Belle et sulfureuse Java, luxueuse et accueillante Bali, époustouflante et festive Gili, authentique et irréductible Flores… Terika masih Indonesia!

 

Laisser un commentaire